La Mandragore, une plante magique, entre mythe et réalité !


la mandragore du jardin des Pimprenelles

la mandragore du jardin des Pimprenelles

Au cœur d’un hiver glacial et venteux la mandrigorgne, la mandagoire, la main de gloire, la mandore, la mandrage, l’herbe du matagon, la mandragore donc a fleuri dans notre jardin. L’occasion  d’évoquer un végétal magique .

                       La Mandragore

Genre : Mandragora
Espèce : officinarum
Famille : Solanacées

 

 

Plante herbacée vivace, haute d’une trentaine de centimètres, presque sans tige.  La fleur blanc-verdâtre , bleue ou pourpre fleurit de Septembre à Avril et entre en repos pendant l’été. Ses fruits sont des baies globuleuses et juteuses jaune-rougeâtre à maturité. La racine pivotante se lignifie au fil des années et peut atteindre des proportions imposantes : plusieurs kilos et s’enfoncer à un mètre sous terre ; avec de l’imagination,  une apparence humaine sexuée. La légende disait qu’elle était semée par un être fantastique du nom de matagon et donnait le vertige à ceux qui la foulaient au pied.

Originaire du bassin méditerranéen, elle pousse dans les ruines, jachères, lisières ouvertes ; mais abondamment cueillie, elle a disparu dans de nombreuses contrées. Les fruits sont comestibles en quantité modérée ; la plante est très riche en alcaloïdes psychotropes pouvant être mortels à certaines doses. Dans l’Antiquité, elle a été utilisée à des fins politiques pour éliminer les ennemis ; l’histoire raconte qu’Hannibal, lors d’une campagne feint une retraite précipitée, laissant sur place des jarres contenant du vin dans lequel on avait mis des racines de mandragore à macérer ; les troupes ennemies tombèrent dans « une ivresse stupéfiante » et Hannibal n’eût plus qu’à revenir sur ses pas pour les capturer. L’usage de ses propriétés thérapeutiques remonte à la nuit des temps ; Hippocrate ( Vème s. avant JC) la préconisait pour traiter dépression et mélancolie « à dose moindre qu’il n’en faudrait pour traiter le délire ». Discoride et Pline, au Ier s. la citent pour ses vertus analgésiques et narcotiques, bonne aussi contre les morsures de serpents ainsi que pour hâter les accouchements, tout en mettant en garde contre les risques eu égard à sa toxicité à certaines doses. Ses propriétés anti-inflammatoires, sédatives, narcotiques, ont largement été utilisées jadis, seules ou en association avec d’autres ( notamment la jusquiame) sous forme d’éponges soporifiques par exemple lors de lourdes opérations chirurgicales telles qu’amputations.

Mandragores mâle et femelle. Manuscrit Dioscurides neapolitanus, Biblioteca Nazionale di Napoli, début du viie siècle.

Mandragores mâle et femelle. Manuscrit Dioscurides neapolitanus, Biblioteca Nazionale di Napoli, début du viie siècle.

La racine surtout était employée, préparée de diverses façons : bouillie, ou encore on la laissait se décomposer pendant 60 jours, puis on on administrait cette pulpe verte et puante telle quelle ou enrichie de quelques ingrédients. Il était quelquefois nécessaire d’en masquer le goût en l’incorporant dans des plats savoureux On en préparait encore des infusions avec les feuilles. Une faible dose provoquait une excitation accompagnée de l’accélération du rythme cardiaque, l’augmentation de la température corporelle et vertiges, une dose massive, agitation violente puis torpeur, paralysie et coma.

Selon la théorie des signatures, au Moyen-Age, on lui prêtait aussi des vertus aphrodisiaques, par analogie à la forme de ses racines , certaines évoquant le sexe féminin, d’autres le sexe masculin, d’autant qu’on accentuait souvent cette ressemblance en la sculptant. Des vertus aphrodisiaques à la fécondité, il n’y a qu’un pas à franchir, et la mandragore fut citée par plusieurs fois pour avoir permis à des femmes réputées stériles, de pouvoir enfanter après en avoir consommé les fruits, soit des boissons à base de mandragore.

Au cours des siècles, la pensée magique a largement influencé les esprits, et il était tentant de croire que les maladies qui affectaient les êtres humains leur étaient envoyées par des divinités pour les punir de leurs fautes ; il fallait donc contraindre ces esprits néfastes à s’éloigner. A cet effet, la cueillette, la préparation et l’usage des plantes obéissaient à certains rituels. En ce qui concerne la mandragore, diverses pratiques ont entouré sa cueillette. Théophraste ( IVème s. avant JC) disait qu’il fallait commencer par tracer trois cercles avec une épée autour de la plante en regardant vers le levant et en débitant des insanités. Au Moyen-Age, on disait que la mandragore avait un tel pouvoir qu’elle tuait qui tentait de l’arracher, ou encore que le cri qu’elle poussait en sortant de terre rendait fou. Il était donc de coutume de l’attacher à un chien noir affamé, cela de préférence les nuits de pleine lune. Les plantes poussant au pied des gibets car on les disait fécondées par le sperme des pendus étaient les plus prisées. Après l’arrachage, elle faisaient l’objet de soins particuliers, et on disait qu’elles apportaient à leurs maîtres, pouvoir, prospérité et fécondité. De tels pouvoirs donnèrent à des charlatans l’idée de fabriquer de fausses mandragores à partir de racines de bryone qu’ils revendaient à prix d’or.

Arrachage d'une mandragore. Manuscrit Tacuinum Sanitatis, Bibliothèque nationale de Vienne, v. 1390

Arrachage d’une mandragore. Manuscrit Tacuinum Sanitatis, Bibliothèque nationale de Vienne, v. 1390

Aux XVIème et XVIIème siècles, on retrouve la mandragore préparée sous forme d’onguent qu’utilisaient les sorcières pour voler sur leur balai et aller au sabbat. Elles étaient accusées de causer de nombreux maléfices et de pactiser avec le diable. Mais dès le XVIème siècle, des scientifiques ont commencé à avancer l’hypothèse que ces pratiques pouvaient être le fruit d’hallucinations provoquées par des substances narcotiques, le pouvoir de certaines substances étant tel qu’il réussissait à passer à travers les pores de la peau et se diffuser dans l’organisme par le sang.

Malgré qu’elle aie toujours été, ou presque, au service de la magie noire, certains l’ont détournée de cette voie, et Sainte Hildegarde de Bingen la disait apte à apaiser toute souffrance ; après l’avoir nettoyée, la mettre dans son lit et réciter une prière demandant à Dieu : « Toi qui de l’argile as créé l’homme sans douleur, considère que je place près de moi la même terre qui n’a pas encore pêché afin que ma chair criminelle obtienne cette paix qu’elle possédait tout d’abord »

 

Considérée encore comme un talisman, on lui a prêté le pouvoir de guérir toutes les maladies, et on peut dire qu ‘aucune autre plante n’aura été auréolée d’autant de pouvoir ni fait l’objet d’autant de légendes que la mandragore.

Auteur: Michelle Craponne (association Les Pimprenelles) pour l’exposition “Saintes et ensorceleuses” (Jardin d’Automne 2013)

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