Travailleurs de l’ombre: les autres auxilliaires


Il devient maintenant commun sinon fréquent d’évoquer les auxiliaires du jardinier. Ils sont le plus souvent associés au catalogue des insectes et l’abeille et la coccinelle en sont devenues les plus emblématiques.

Il existe une catégorie bien plus obscure et pourtant tout aussi essentielle dans la longue chaîne de la vie.  La faune du sol ou pédofaune est généralement bien mal connue, même et y compris des jardiniers ou des paysans. On connait les vers de terre,  on observe des ” mille pattes ” ou des ” vers blancs “, on saurait dire les dégâts causés les taupins ou les noctuelles, mais bien peu d’entre nous connaissent, même de nom, les collemboles, les nématodes ou les tardigrades et pourtant la faune du sol est extrêmement dense et nombreuse. Très variable d’une saison à l’autre ou d’un sol à l’autre, on peut estimer que son poids à l’hectare est en moyenne de 2.5 tonnes. Dans certains sols, soit naturellement riches en matières organiques, soit enrichis en fumier, compost ou résidus de récoltes, ce poids atteint 5 tonnes à l’hectare et même davantage.

 La faune du sol est très variée. Ses représentants sont très souvent des animaux microscopiques ( protozoaires, tardigrades, rotifères, nématodes, acariens). D’autres sont des animaux qu’on attribuera à la microfaune (moins d’un centimètre) : divers insectes, surtout en phases larvaires (collemboles, diptères, coléoptères, lépidoptères, etc.), des myriapodes, des isopodes, des vers , des pseudo-scorpions, etc. Enfin, un certain nombre d’espèces fera partie de la macrofaune (imago d’insectes, vers de terre , mollusques, arachnides, reptiles, micromammifères rongeurs et insectivores, etc.).

 

Cette faune est en équilibre. Toutes les relations, plus aisément observables chez les grosses espèces terrestres ou aquatiques, existent au sein des biocénoses du sol : prédation, parasitisme, symbiose, etc. Chaque espèce occupe une niche qui lui est propre et joue donc un rôle particulier dans les échanges globaux d’énergie et de matière dans le sol.

Mais cet équilibre est fragile. Le plus souvent, ces animaux sont eurybiotes, c’est-à-dire qu’ils sont extrêmement sensibles à de faibles variations de pH, d’humidité, de température, d’aération ou de la teneur du sol en minéraux et en matières organiques.

                                                                               Les vers de terre

Le nombre de vers de terre dépend largement de la quantité de matière organique morte (nécromasse) présente dans le sol. Ils peuvent être pratiquement absents dans certains sols particulaires. D’un sol peu fumé à un sols recevant une forte fumure organique, on passe de 100 à plus de 1000 au mètre carré.

Ils recherchent une humidité et une température moyennes, s’enfoncent plus ou moins profondément en hiver et en été et remontent en surface au printemps et à l’automne. Ils restent actifs toute l’année. Leur nourriture se compose pour partie de radicelles mortes qu’ils consomment sur la plante, mais surtout de déchets organiques qu’ils viennent chercher à la surface du sol et qu’ils entraînent dans les profondeurs du sol où ils les malaxent avec de la terre. Leurs excréments ou tortillons sont, selon les espèces, soit rejetés à la surface, soit dans des cavités du sol. Cela revient à dire que toute la terre d’un jardin ou d’un champ passe dans le tube digestif des vers de terre en un certain nombre d’années.

Les vers de terre, outre des conditions d’humidité et de température moyennes, ont besoin d’un pH neutre ou peu acide, de calcium et de beaucoup de matières organiques.

                                                                                Les arthropodes

 

Cloporte

Ils regroupent les insectes (collemboles), les arachnides (acariens) et les myriapodes. De nombreuses espèces sont des parasites ou des consommateurs responsables de dégâts importants sur les plantes cultivées (vers blanc, taupins, noctuelles, etc.). Mais la plupart des espèces, souvent très petites (mésofaune) participent à la circulation de la matière organique morte (nécromasse). Ces espèces dites saprophages coexistent avec les mycétophages (qui consomment des champignons), les microphytophages (qui alimentent de bactéries, d’algues microscopiques ou de cyanophycées), les coprophages (qui se nourrissent de déjections animales) ou encore les humivores. Enfin, certaines sont simplement des prédateurs, des parasites ou des parasitoïdes.

Tous ces animaux, contrairement aux vers de terre, ne mélangent pas les aliments qu’ils ingèrent à de la terre, mais ils participent à leur fragmentation laquelle est davantage propice aux processus d’humification.

                                                                                Les protozoaires

Les protozoaires sont particulièrement abondants dans les premiers dix centimètres du sol. Il sont d’autant plus nombreux que les sols sont humides et riches en matières organiques (3 à 400 kg à l’hectare, soit 1 à 2 millions par gramme de terre. Les protozoaires comportent surtout des consommateurs de bactéries ou des prédateurs d’autres protozoaires (amibes, amibes à thèque, flagellés, ciliés).                    Les protozoaires sont des acteurs essentiels dans la régulation des flores bactériennes dont ils assurent surtout le rajeunissement des populations.

                                                                                Les nématodes

Les nématodes sont de minuscules vers ronds dont beaucoup sont saprophytes. D’autres sont parasites et quelques unes prédatrices de protozoaires ou d’autres nématodes. Particulièrement nombreux dans les sols des prairies au contact des racines des graminées (rhizosphère), on peut en compter jusqu’à 20 millions au mètre carré.Certains nématodes sont utilisés dans la lutte biologique. La lutte biologique pouvant être définie comme l’utilisation d’organismes vivants pour prévenir ou réduire les dégâts causés par des ravageurs.

La microfaune du sol exerce sur les sols une triple action mécanique, chimique et biologique. Ces trois actions participent à la fois à la formation du sol (pédogenèse) et à l’entretien de sa fertilité.

                                                                                 L’action mécanique

Les animaux dans le sol fragmentent les matières organiques. Les vers de terre les fragmentent grossièrement. Puis, dans l’ordre, les myriapodes, les collemboles, les acariens et enfin les nématodes procèdent à une fragmentation de plus en plus fine. Cette fragmentation a pour effet d’augmenter considérablement la surface d’attaque des matières organiques par les bactéries et les champignons du sol.

Le passage de la matière organique dans le tube digestif de ces animaux a pour effet de la mélanger à diverses sécrétions intestinales, à des colloïdes humiques ou des gelées cytophagiennes. Il s’ensuit la formation d’agrégats stables dont les plus remarquables sont ceux que laissent les lombrics.

Tous ces animaux participent au transport actif de la matière organique dans les horizons du sol. En outre, en fouissant, ces animaux améliorent l’aération du sol ainsi que la circulation de l’eau. On estime que les vers de terre assurent à eux seuls plus de 50 % de la macroporosité dans le sol quand le travail mécanique (labour) n’en assurerait qu’à peine un quart.

                                                                                 L’action chimique

 Les vers de terre ne se contentent pas de répartir les matières organiques dans le profil d’un sol. Parce que le calcium est indispensable à leur métabolisme, les vers de terre circulent aussi cet élément. On estime que ces animaux, en remontant cet élément vers les couches supérieures, s’opposent au lessivage et par voie de conséquence, à la décalcification des sols.

 

Les déjections des vers de terre sont très riches en potassium, en ammoniaque, en phosphore et en magnésium. Ces éléments sont surtout mieux échangeables et mieux assimilables quand ils ont transité par leur tube digestif. La faune du sol joue un rôle fondamental d’intermédiaire entre le sol et la plante.

                                                                                L’action biologique

Tous les animaux dans le sol sont nécessairement microphytophages. La raison en est que les aliments que ces animaux consomment sont obligatoirement couverts de bactéries, de mycéliums ou de cyanobactéries.

Il est certain qu’un bon nombre de ces microorganismes sont détruits par les processus digestifs (bactéries saprophytes surtout). Mais il est probable aussi que d’autres de ces organismes, non détruits, sont stimulés au cours de ce transit. C’est probablement le cas des organismes de la microflore humifiante puisque l’on constate que l’humus se forme plus rapidement à partir des déjections animales qu’à partir des débris végétaux n’ayant pas subi de transit intestinal.

Essentielle donc, cette microfaune du sol et ses équilibres sont fragiles. Les multiples interventions humaines ne sont pas sans conséquence. Au jardin, adopter celles qui auront un effet bénéfique, protecteur seront un gage de fertilité. Elles reposent le plus souvent sur le processus forestier, l’observation de ce qui se passe à l’état naturel et facilitent bien souvent des tâches ardues et l’emploi de produits phytosanitaires inutiles.

L’univers des auxiliaires est donc plus vastes qu’il apparaît et gardons à l’esprit qu’on jardine mieux avec la nature que contre elle.

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