Les enfants de butte 


Butte de cultureButte en lasagne, butte sandwich, butte en terre, butte forestière ou permacole, les techniques de culture sur butte se répandent désormais largement, autant dans les potagers que dans les exploitations maraîchères et elles ne sont plus l’apanage des permaculteurs ou autres agro-écologistes.

Largement démocratisée à travers internet et les réseaux sociaux, cette pratique crée de véritables débats entre les dogmatiques et les septiques. En peu de temps, la butte de culture ou la culture en butte est devenue une figure de la permaculture, comme un signe de reconnaissance et d’appartenance à une tribu; un symbole si fort que certains adeptes laissent croire que la culture sans butte, c’est cultiver contre la nature. Il est pourtant plus certain que la butte est venue se greffer dans le courant de la permaculture et reste un détail de cette méthode globale.

Quoi qu’on puisse en penser, cet élan s’inscrit dans la prise de conscience d’une agriculture plus cohérente, affranchie des produits phytosanitaires, plus respectueuse de l’environnement et s’appuyant sur les mécanismes de la nature; et dont les ramifications vont au-delà du pré-carré des innovateurs et convaincus.

Malgré des contradicteurs de poids (Lydia et Claude Bourguignon en tête), les buttes pullulent depuis quelques années dans tout ce que la France compte de jardins bio, fermes biodynamiques et autres havres permaculturels.

 Un peu d’Histoire de la culture sur butte

Mise enplace d'une culture sur butte

La culture sur butte connaît en réalité plusieurs origines intellectuelles, ce qui explique en partie qu’il en existe différents types.

La première s’appuie sur l’application concrète d’une connaissance du fonctionnement du sol, notamment à travers le développent des mycorhizes (association entre des champignons, des racines et des bactéries du sol).

La technique utilise donc les différentes connaissances liées au fonctionnement d’un sol, afin de les mettre en œuvre à travers la réalisation d’une structure, la culture sur butte, qui maximiserait le fonctionnement de ce sol créé de toute pièce (même si en contact avec ce dernier).

La deuxième est fondamentalement plus pragmatique et tend à valoriser la production de pseudo-déchets d’un potager ou d’une exploitation pour créer un support de culture cohérent, productif et qui peut s’inscrire dans un schéma de fonctionnement plus proche de celui de l’environnement qui nous entoure.

On pourrait ici presque affirmer que c’est une manière de recycler des déchets, techniquement plus poussée que le compostage, puisqu’ils deviennent un réel outil de production.

Dès sa genèse, la technique de culture sur butte s’inspira des travaux de Masanobu Fukuoka (un des fondateurs de la permaculture), mais aussi de ceux moins connus, de Marc Bonfils à Emilia Hazelipp.

La rotation des cultures

Une culture sur butte ne se suffit pas à elle-même : il s’agit de continuer le raisonnement de manière globale. En ce sens, il s’agit de prévoir autant que faire se peut des rotations de cultures, de type « engrais vert », puis « légumes et fruits », puis « légumes et feuilles », puis « légumes et racines ».

La rotation n’est pas forcément obligatoire, si vous ne faites pas une monoculture sur l’intégralité de la butte. Le cas échéant, la rotation devient par contre indispensable.

Ainsi, si vous évitez la monoculture et pouvez plus facilement vous passer de la rotation, il sera néanmoins bien plus efficace et sécurisant pour votre production d’appliquer les différentes techniques d’associations de cultures.

Les avantages de la culture sur butte ?

La culture sur butte permet de créer un milieu riche, car particulièrement favorable à la microfaune du sol. Le sol n’a alors de cesse d’enrichir ce milieu, à travers les excréments de la microfaune, mais aussi grâce à la présence de nombreux champignons décomposeurs.

Une telle culture permet d’obtenir une terre meuble et dont la composition lui permet de rester meuble dans le temps. Mais c’est aussi grâce au paillage, qui est un élément clef de la technique !

Une butte facilite le travail, grâce à sa hauteur, qu’il est possible de moduler en fonction de la taille des personnes qui vont y intervenir.

 Elle limite le travail pour la simple et bonne raison que, quelle que soit l’intervention à réaliser sur la butte, celle-ci ne se fera pas à l’aide d’outils (hors mise en place).

Elle rend également le travail plus aisé dans la gestion des adventices, à la fois parce que la terre reste meuble, mais aussi parce qu’il n’est pas nécessaire de se baisser pour les éliminer.

La technique de la culture sur butte voit aussi un de ses principaux avantages dans la gestion de l’eau, avec un besoin en arrosage particulièrement faible, voire inutile selon les climats.

Elle augmente la surface de production en donnant du volume au sol, on passe d’un terrain plat à un terrain bombé. Cette caractéristique nécessite d’appréhender la butte comme un milieu à part entière avec ses différents horizons de sols (couches).

Il est important d’exploiter ces couches en différentes fonctions. Les plantes exigeantes doivent être sur le haut de la butte et les moins exigeantes sur les côtés et le bas. Ici aussi la technique de cultures associées permet d’optimiser les résultats.

Avant de réaliser une butte, il est important de connaitre son sol. De nombreuses personnes réalisent des buttes qui peuvent être contre-productive ou inutile, alors que leur terre de départ était très bonne. Puisque la plupart des buttes, lors de leurs réalisations, ont un impact important sur la vie du sol, il est important de se demander s’il est vraiment utile d’en construire une.

Butte en terre

Schéma butte en terre

La technique de butte en terre permet d’optimiser le réchauffement de la terre dès le printemps.

En cas de forte pluie ou de sol hydromorphe, la butte en terre permet l’écoulement de l’eau entre les buttes. Elle évite ainsi la saturation en eau au niveau du système racinaire. La gestion de l’infiltration de l’eau peut même être améliorée par un système de drainage dans les allées.

Butte en lasagnes ou dite en sandwich

Schéma de butte en lasagne

Cette technique de culture sur butte est directement issue d’un besoin de recycler des déchets produits en trop grandes quantités dans le jardin ou sur l’exploitation elle-même.

Le principe en est relativement simple : il suffit de trier les différentes matières sous forme de couches.

Ces couches se répartissent entre matières riches en azote (reste d’aliments, de tontes et toutes matières encore vertes) et matières riches en carbone (feuilles mortes, paille et toutes matière brunes).

L’intérêt de cette butte est d’utiliser une matière première locale, qui la met de fait en cohérence avec la vie du sol.

Il faut bien l’arroser une fois sa fabrication effectuée, afin d’enclencher son fonctionnement.

Il faut également porter un effort sur l’aération générale de la butte, en y intégrant du petit branchage de bois mort de manière aléatoire.

La meilleure option consiste à réaliser de nombreuses couches fines de matières plutôt que quelques grosses couches.

La butte en lasagnes est à réalimenter tous les ans, à minima d’une double couche.

Petite vidéo pratique pour savoir comment créer une butte en lasagne : 

Butte sandwich Robert Morez

Schéma butte sandwich Robert Morez

Cette technique un peu plus complexe s’inspire clairement de la Nature pour créer un milieu riche et favorable à la culture sur un plus long terme (jusqu’à 4 ans).

Il est à noter que la première année de production verra une fertilité particulièrement spectaculaire, ce qui est à prendre en compte dans le choix des plants que l’on y disposera.

Moins élevée que la butte en lasagnes, du fait de son enterrement partiel, les fagots de branchages ont toute leur importance pour amener l’eau de pluie en son cœur.

Première étape de construction de la butte Robert Morez :

Gros plan sur un campagnol des champs (Microtus arvalis)

S’il est un problème à prendre en considération au moment de vous lancer dans une culture sur butte, qu’elle soit seule et de taille raisonnable ou qu’elles soient nombreuses et longues, c’est le fait de potentiellement attirer des micromammifères et notamment le campagnol.

En effet, si l’on se rapproche bien plus du fonctionnement de la nature avec la culture sur butte, il est logique que toute la nature, même celle qui peut agacer, s’invite à table.

Chats domestiques (avec modération, car il ne faut pas oublier que les chats domestiques font des ravages auprès de la petite faune), perchoirs à rapaces nocturnes comme diurnes et autres pièges non-vulnérants seront vos premiers alliés de lutte contre ce rongeur !

Ne restera plus qu’à lutter contre les limaces

Butte permacole ou forestière Sepp Holzer

Schéma butte forestière Sepp Holzer

Originaire des pays de l’Europe de l’Est, cette technique de culture sur butte porte plusieurs noms, dont la « Hugelkultur », plus proche de son lieu de naissance.

Nous sommes là sur une vision à bien plus long terme de l’utilisation de la butte, avec des rendements pouvant aller de 10 à 20 ans.

Ce sont ici de véritables troncs qui feront office de support à la fertilisation de la butte qu’ils constituent.

À mesure que ceux-ci se décomposeront (lentement, comme on peut facilement l’imaginer), ils apporteront sur le long terme les nutriments nécessaires à la croissance des plantes.

En-cela, cette butte est souvent appelée « butte auto-fertile ».

Explication en image de l’intérêt de la butte forestière :

En résumé

Quel que soit le type de culture sur butte que l’on choisit, il est indéniable que l’on se rapproche bien plus du mode de fonctionnement naturel des sols, respectant la biodiversité alentour. Pour autant certains spécialistes viennent contrarier certains principes et notamment celui d’enfouir le bois et certains matières végétales qui en l’absence d’oxygéne ne pourraient se décomposer.

Cette technique permet toutefois de mieux appréhender les enjeux qui lient la production à l’environnement qui nous entoure.

Afin de ne pas verser dans l’angélisme, la mise en place de buttes demande cependant de déployer une énergie conséquente à sa réalisation. Et comme tend à le dire avec malice Claude Bourguignon : « Les buttes, c’est beaucoup de travail. Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple en déposant la matière organique à la surface… C’est plus reposant ! »

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